L’irrésistible ascension de Sébastien Castella au sommet a pris d
e nouvelles hauteurs hier dans les arènes d’Antequera. La précieuse ville de la région de Malaga a vécu hier dans ses arènes au style andalou, magnifique scène sur laquelle deux œuvres furent magistralement dessinées. Ces deux œuvres aux origines diverses furent toutes les deux vécues dans une ambiance contrastée.
L’artiste exceptionnel de la Puebla del Rió, José Antonio Morante de la Puebla et Sébastien Castella, furent les deux maîtres d’oeuvre, les deux protagonistes de cette corrida. De part son temple exquis, ses détails sublimes, son toreo baroque, inspiré et d’une douceur inégalable, Morante reconquis le public andalou après l’avoir trompé en toute sérénité.
D’autre part, Sébastien Castella qui ne cesse de progresser et d’acquérir le sceau des grands, a montré un large éventail de sa tauromachie basée sur la pureté et la difficile facilité à exprimer ses sentiments, en oubliant toute nature et tout existence de son corps. Un sorte d’abnégation de soi-même.
Après avoir créé un réel malaise entre le public et lui-même, Morante de la Puebla
parvint à retourner la situation, et à le faire vibrer grâce à l’expression qu’il mit dans la composition des muletazos qu’il dessina. En effet, le torero de la Puebla del Rio ne voulut pas affronter son premier adversaire de Gavira, un toro qui lança les pattes au capote et chargea avec peu d’Alegria sous les plis de la cape de Morante. Telle une pierre précieuse, une véronique sortit d’une masse de basalte, d’une expression et d’une profondeur surprenante. La suite ne fut qu’abréviation. Un regard du Gavira dissuada Morante de lidier son adversaire, et le liquida sans jugement autre. Un « tremblement de terre » secoua la Plaza de Toros de Antequera, le torero de la Puebla entrant dans le callejon innocent…
Alors que le cinquième toro allait sortir, un exemplaire negro axiblanco, brocho, des sifflets s’envolaient encore des gradins des arènes. Mais en deux véroniques subtiles, Morante renversa le cours de la tarde, et fit se lever le public. Une véritable œuvre d’art venait de prendre forme. Il banderilla en Torero, en artiste, templant les embestidas du Gavira. La faena débuta par « ayudados por lo alto », templés et d’une suavité rare, afin de préserver les forces d’un toro qui alla à mas. Par la suite, le récital continua, par de très bons muletazos droitiers, profonds, le torero gardant le menton dans la poitrine. Il donna de la distance au toro qui arranca avec classe, transmission et douceur, ce qui permit au torero Sévillan de tracer des muletazos improvisés en fin de faena, de pouvoir créer qu’un seul corps entre la muleta et le toro lors de molinetes au ralentis. Une grande faena, malheureusement mal conclue à l’épée. Il fallut au diestro andalous trois pinchazos, un recibir et plusieurs descabellos pour arriver à mettre fin à une œuvre importante.
E
nsuite vint Sébastien Castella, le torero que les aficionados attendaient, le torero que les aficionados attendent, le torero qui ravit les aficionados. Après les triomphes Bilbao, Malaga, et Almeria, Sébastien a montré la grande dimension de son toreo, lors de ses deux combats. Prédisposé à triompher, son envie et son temple ont remporté les trophées maximum devant le dernier toro, un toro bien fait, plus offensif que les autres. Ce fut un toro excellent, qui humilia beaucoup au capote, et posséda une suavité dans sa charge ainsi qu’énormément de transmission. Il fut très peu piqué, comme la totalité des toros lidiés dans les arènes d’Antequera. En revanche, sous les plis de la muleta, le toro dévoila un fon de bravoure et de caste important, ce qui permit à Castella de réaliser une faena templée, liée, compacte et marquée par un sceau artistique important.
Il débuta sa faena par ayudados por lo alto et par statuaires et remata la sér
ie par une trincherilla et un recorte d’une beauté inégalable. La Virgen del Mar, paso-doble magnifique et profond fut interprété par la Banda de Musica, accompagnant à merveille la faena du torero Biterrois. Assis sur ses reins, laissant du temps et de la distance au toro, il le comprit tout comme il comprit à la perfection son premier toro. Suave, calme, doux, lent, sensationnel … que dire de plus. Muletazos à pieds joints, relachés, profonds, …Le public debout, le public criant « Torero, Torero… ». Il tua al encuentro son dernier adversaire, ce qui lui permit de couper les deux oreilles et la queue.
Une grande faena et une grand quite par chicuelinas furent réalisés devant son premier toro de Gavira, délivrant les deux oreilles. Une grande porte méritée pour un torero qui ne cesse de progresser et qui conquiert Toute la planète.
Contrairement à ce qu’a écrit un « journaliste » la corrida avait bien lieu à Antequera et non pas à Andujar (à penser qu’il n’a pas regardé la corrida pour écrire de telles absurdités …)
De plus, si la corrida ne devait pas être télévisée, et bien les aficionados auraient raté une grande faena de Morante, et deux grandes faenas de Castella.
Rivera Ordoñez fut très volontaire et coupa deux oreilles de poids inégal, la plus importante étant la seconde, le torero ayant réalisé un effort important devant un toro de peu de jeu.
6 toros de Gavira, nobles, justes de présentation, mais maniables, les meilleurs étant les troisième, cinquième et sixième, avec plus de transmission et allant à Mas pour :
- Rivera Ordoñez : oreille et oreille
- Morante de la Puebla : Grande Bronca et grande ovation après avis
- Sébastien Castella : deux oreilles et deux oreilles et la queue.